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Rencontre avec Lucien Saurin de Colours in the Street : toujours plus haut

  • Hugo Lafont
  • 28 nov. 2024
  • 15 min de lecture

Une semaine après avoir rempli La Cigale lors d’un concert flamboyant à guichet fermé, le groupe Colours in the Street a la tête dans les étoiles. Difficile de leur en vouloir. À l’apothéose de leur carrière désormais longue de plus d’une décennie, les prodiges de la scène pop rock française originaires de l’Aquitaine sillonnent les routes de l’hexagone avec une seule idée en tête : ne jamais s’arrêter. Voir toujours plus grand. Entre deux concerts à Bordeaux, l’un en première partie de Kyo et l’autre en full show, nous sommes parvenus à rencontrer le guitariste du groupe, Lucien Saurin, pour qu’il nous parle un peu de ce que ça fait, d’aller toujours plus haut. L’occasion d’explorer ensemble des notions aussi vastes que le bon fonctionnement d’un groupe, l’art d’écrire une bonne chanson, ou encore ce que la musique permet à ses créateurs. Une interview fleuve haute en couleur que nous ne sommes pas prêts d’oublier.





© Pauline Mugnier


Après maintenant 12 ans d’existence de Colours in the street, vous avez il y a une semaine vécu votre concert le plus important de votre vie à La Cigale, on y était et c’était assez extraordinaire. Comment c’était et comment vous l’avez vécu ce concert ?


Lucien Saurin - Pour moi ça a été un soulagement. J’étais à la fois excité et j’en avais très peur, pour tout un tas de raisons. J’avais très peur de décevoir les gens. Pendant les concerts à Paris, tu joues devant les proches, la famille, devant les pros, et t’as envie que ça se passe le mieux possible. Ce ne sont pas les concerts qui se passent le mieux en général parce que justement il y a beaucoup d’enjeux, et là comme on a senti une espèce d’élan de bienveillance générale, on est montés sur scène en larmes. On l’a vécu comme une sorte de vague d’amour prise pendant deux heures, c’était difficile de ne pas en ressentir une certaine fierté. Puis il y a la nostalgie aussi, tu te prends un tel rush d’adrénaline et de dopamine qui fait qu’une fois que c’est fini, tu ressens la chose très bizarrement… 


Tu as su quand même en profiter ? Ou tu es tellement à fond durant le concert que tu en perds un peu la magie ?


Oui j’ai quand même su en profiter, j’ai mis un ou deux morceaux à rentrer dedans parce que j’étais très ému au début, mais je suis parvenu à profiter de l’instant. C’est l’une des choses dont je suis le plus fier d’ailleurs, d’avoir su en profiter, parce qu’il y a clairement des concerts où je subis beaucoup, où je veux arriver au bout en me disant « vivement que ça soit fini pour que j’aille fêter ça après », mais là j’étais vraiment content d’avoir pris le temps de me poser, de regarder la salle et de savourer l’ambiance. 


Qu’est-ce qu’il a provoqué en vous justement de fierté ce concert ? Depuis tout ce temps dans Colours, se produire à La Cigale c’est un peu une forme de consécration un an après le Trabendo. Vous voyez plus grand l’année prochaine ?


Oui, on voit plus grand ! De toute façon il faut bien, mais maintenant la question c’est, est-ce qu’après La Cigale on tente un lieu encore plus gros - au risque de se planter - ou est-ce que on redescend plus petit, et auquel cas c’est dommage. Pour nous, la question repose sur cet enjeu de « est-ce qu’on est capable de grandir encore un peu et de façon raisonnable » ? On ne peut pas encore annoncer un Zénith ou un Olympia pour le moment, ça parait gourmand, mais l'Olympia peut être un objectif à moyen terme ! D’ici un an ou deux, on verra, mais en tout cas là on y réfléchit pas encore, on a pas encore fini la tournée, et on essaye de savourer ce qu’on a accompli. On bosse tous comme des fous depuis plusieurs mois pour préparer tout ça, et là enfin c’est fait donc on essaye de respirer et de profiter du mieux qu’on peut !



© Pauline Mugnier



Et vous faites bien ! 12 ans, 3 albums, deux EP, des singles à tire-larigot, ça fait déjà une sacrée carrière pour un groupe ! Quel est le secret de sa longévité selon toi ?


Faut voir des psys sans aucun doute ! Plus sérieusement, je pense que c’est parce qu’on est en cercle fermé et en vase clos. Le manager du groupe est le frère d’Alex (Alexandre Poussart le chanteur), et nous quatre on passe notre vie ensemble. Mais ce qui fait que ça se passe bien c’est qu’on a aussi tous des trucs à côté, des projets perso, Le Roi Lion (pour le batteur Pierre-Elie Abergel), et Noé (Russel le bassiste) joue avec plein d’autres gens… On respecte tous beaucoup ça, de se foutre plus ou moins la paix quand on est sur d’autres projets que Colours. Possiblement même qu’on ne se verra pas du tout pendant les périodes où l’on ne tourne pas ! Puis Colours in the Street c’est notre bébé un peu, on aurait tous un peu les boules de lâcher le truc, on gagne notre vie grâce à ce groupe et c’est une sacrée chance ! Et enfin, même si on a jamais connu à un moment un gros single qui nous a fait exploser, le groupe a quand même toujours eu une trajectoire assez ascendante, on va toujours un peu plus haut à chaque fois. La Maroquinerie, Le Trabendo, La Cigale… Ça nous fait regarder devant un peu tout le temps. Et l’essentiel, c’est toujours de communiquer et de se parler. 


Il y a eu des périodes de pause au cours de ces douze années d’existence ? Ou vous ne vous êtes jamais vraiment arrêtés ? 


C’est littéralement jamais arrivé. Le maximum qu’on a dû prendre en pause c’est trois semaines en août, et encore je vois large. On aime trop ça pour pouvoir s’arrêter, et même si tu veux te prendre une pause en été, en soi, tu restes quand même obligé de préparer ta rentrée, les tournées, donc on ne s'arrête jamais vraiment ! Même à notre niveau, après une tournée de quinze jours à trois semaines comme celle que nous avons faite en Asie, on prend un peu de distance et on ne se voit pas pendant un moment. 


J’ai remarqué que vous aviez accordé moins d’interviews et de promotions pour votre dernier album Let’s Talk, publié l’année dernière, par rapport aux sorties précédentes. Il y a une raison derrière ça ?


C’est une réponse qui ne va peut-être pas vous plaire, mais c’est parce qu’on avait centré la communication plutôt autour de ce qu’on allait sortir plutôt que sur les possibles interviews. On était vraiment sollicités, mais il faut des attachés de presse pour gérer tout ça, et il faut savoir que ça représente un gros budget les attachés de presse. Par rapport à ce que ça nous rapportait véritablement en terme de visibilité, dans le monde dans lequel on vit aujourd’hui, ça ne valait pas vraiment le coup. C’est un investissement énorme sur une période de temps finalement assez resserrée, et il y a d’autres façons de se faire remarquer. D’une certaine manière, on avait un peu déplacé l’outil de communication. C’est toujours avec plaisir qu’on fait les interviews, mais de nous-mêmes on a sans doute moins cherché à les provoquer. Colours en plus est un groupe un poil boudé par les médias si on peut dire, on ne fait pas de la musique très « tendance », donc ceux qui souhaitaient nous rencontrer n’engendraient pas vraiment de retombées par rapport à l’investissement temporel et économique lié à ce choix de communication. 


Depuis quelque temps, il me semble que vous avez développé une démarche de sortie davantage tournée vers les singles que les albums et les EP, et il faut avouer que c’est plutôt rare à l’heure de la permanente promotion de projets en fonction des tubes associés aux albums. Pourquoi cette décision ?


D’abord, un album ça coûte très cher en termes de production et de réalisation, en plus de représenter une période d’actu finalement très courte. Des fois tu vas investir jusqu’à, par exemple, 30 000 euros, et finalement ça va te servir seulement sur deux à trois mois, on se rend pas compte de ce que ça implique. Je trouve ça terrible parce que je suis hyper associé au format album en plus, mais les algorithmes sur les plateformes gérant l’existence quasi complète de ton projet obligent à ce que tu aies une actualité permanente. Donc les singles, malgré que ça soit dommage, favorisent un peu la survie en plus de coûter moins chers. Ils servent aussi pas mal à expérimenter et à tenter tout un tas de trucs qu’on n’essaierait pas fondamentalement lors de la création d’un album. Si on a envie d’essayer un morceau qui n’a rien à voir avec ce qu’on fait d’habitude, hop, single ! Voyons comment c’est reçu, voyons comment on se sent là-dedans, et après on verra. Mais on reste infiniment attachés à l’idée de revenir à un album d’ici peu ! 


Est-ce que l’âge et l’expérience vous ont radicalement fait changer vos méthodes de composition ? Je suppose que l’intention d’un projet ou d’une chanson dépend également d’une intention toute particulière de composition.


Ah oui totalement ! Déjà au premier album on était enfermés dans une salle de répétition à quatre où on entendait absolument rien, puis par la suite on est passés sur ordinateur. C’était assez horrible, parce que même si t’y apprends plein de choses, ça perd énormément de vie. Maintenant on est sur un entre-deux studio/ordi, puis c’est bête, mais on a enregistré aussi d’autres albums pour d’autres gens, donc on a vu un peu comment ça se faisait ailleurs, et t’en viens pas mal à désacraliser le truc. On devient un petit peu plus spontanés. Il y a eu une période où on voulait enchaîner les tubes, et en fait avant de vouloir écrire des tubes, il faut que tu sois absolument certain que la chanson te plaise. Avant que tu te dises « tiens je vais écrire une grande chanson », fais déjà une chanson que toi tu trouves bien. Et c’est seulement peut-être parce que tu l’aimes qu’elle deviendra un tube. Maintenant on est un peu plus détente vis à vis de ça. 


Les quatre membres du groupe écrivent les chansons, ou est-ce qu’il y a en particulier un ou deux « songwriters » ? J’ai cru comprendre que tu en avais écrite certaines !


En paroles c’est moi qui écrit, mais dans Colours on fait tout à quatre. L’immense majorité des bases mélodiques viennent d’Alex. La façon que j’ai d’écrire des lignes de voix ne lui va pas du tout, Pierre-Elie n’écrit pas de lignes de chant et Noé pas trop non plus, mais on s’illustre sur plein d’autres domaines. Pierre-Elie par exemple excelle dans les harmonies vocales et les arrangements piano, l’immense base de la musique vient d’Alex et je suis celui qui se charge des textes. Ça les intéresse moins, ils ont moins ce rapport aux textes que j’entretiens tout particulièrement. Mais il y a vraiment quelque chose de collaboratif dans le fait de tout faire à quatre, c’est un peu notre marque de fabrique, chacun a son rôle dans le processus. Pour qu’un groupe fonctionne il faut que tout le monde sache son rôle prédéfini. Il faut qu’aucun membre ne tire la patte, c’est-à-dire que s’il y en a un qui est un boulet dans un groupe, tout le groupe est flingué. Faut que tout le monde pousse dans le même sens : tout le monde est ok de s’investir dans le groupe parce que tout le monde s’investit. C’est aussi simple que ça. Le principe de partager les droits en quatre, ça fonctionne seulement si tout le monde bosse. Et dans Colours, on a la chance de pouvoir dire que ça fonctionne.


© Pauline Mugnier


Tu as déclaré dans une interview en 2022 que l’image des couleurs pour le groupe vous parlait énormément puisque, je cite, vous « composez majoritairement en fonction de vos émotions ». Qu’est-ce que tu voulais dire par là ? 


Quand t’écoutes un album, tu sais toujours à peu près ce que tu veux entendre.  Par exemple, quand t’écoutes du Rage Against the Machine, tu sais que tu veux te défouler. Quand t’écoutes du Tamino, tu sais que tu veux te poser. Pour Colours, vu qu’on est jamais parvenu à anticiper tout à fait quel type d’ambiance on voulait pour un album, on partait simplement de comment on se sentait à l’instant T. J’ai l’impression que c’est un peu le leitmotiv de la grande famille pop. Quand je suis triste, j’ai tendance à écrire des trucs joyeux et inversement, et c’est marrant d’associer des couleurs à des sons et des musiques. Alex lie souvent nos chansons à des couleurs quand on compose. C’est proche de la synesthésie. Ce qui est rigolo, c’est qu’on a été appelé une fois à jouer devant des gens qui étaient synesthètes, ils peignaient en même temps, et c’était les mêmes motifs qui revenaient. Mais pour revenir à la question, quand on a besoin d’écrire un truc triste, on écrit un truc triste. Tant pis si la chanson est plombante, il se trouve que c’est ça que t’avais à dire à ce moment-là. C’est plus sincère de fonctionner comme ça plutôt que de se forcer et de prévoir à l’avance l’ambiance d’un album. En général, on est un peu en proie à ce qu’on vit de façon personnelle, donc ça se ressent dans notre manière de composer. On vise une certaine forme de spontanéité émotionnelle. 


J’ai cru comprendre que chaque membre du groupe possède son lot d’inspirations et d’influences personnelles, mais vous vous êtes pourtant tournés à l’unanimité vers un univers pop rock/electro-pop. Y a-t-il une raison particulière derrière ce choix ?


Je ne sais pas comment dire, mais on ne s’est jamais vraiment concertés pour savoir vers quel style on voulait se diriger. Colours au départ c’était un groupe plus tourné vers le rock, le premier album est bien plus rock que pop, et même si on avait chacun des goûts différents, on tournait pas mal autour des mêmes figures phares de l’époque, Coldplay, Arctic Monkeys, Two Door Cinema Club… Puis après c’est le monde qui change et nous avec, l’effervescence de l’électro nous a donné envie d’essayer l’électro donc on l’a tenté. Tu découvres les claviers, les VST… Aujourd’hui le style de Colours il est là, bien ancré, et donc on sait désormais vers quoi nous tourner. On continue tout de même à essayer des trucs totalement différents, mais l’organisation du groupe nous a amené à produire ce genre de musique. Ça changera peut-être à un moment ou à un autre, on verra ! 


Toi qui vient d’une sphère musicale de toute évidence davantage tournée vers le rock/métal que la pop à la base, ne t’es-tu jamais senti frustré vis-à-vis de cette direction artistique ? 


Non, du tout. Moi je suis frustré dans le sens où je fais bien moins de rock qu’avant, et c’est un souhait un jour d’avoir un autre groupe où je pourrais faire de la musique un peu plus énervée, mais je trouve quand même mon compte pendant les live de Colours où je peux pas mal me défouler. Mais c’est surtout que moi je suis extrêmement touché par ce qu’on propose. J’adore ce qu’on fait, je suis fan du groupe, et objectivement j’écouterais Colours même si je n’en faisais pas partie. 


Je me suis toujours posé la question, qu’est-ce qui pousse souvent selon toi certains artistes à créer une musique différente de leur bagage d’influences ?


Intéressant ça ! Certainement parce que les influences changent au cours du temps… Tu vois par exemple il y a six mois j’ai découvert Barbara, qui est aux antipodes de ce que j’écoute habituellement, et j’ai envie d’écrire du Barbara en ce moment. J’y arriverai jamais évidemment, je ne suis pas Barbara, mais c’est ça que je veux dire, c’est que les influences ça change et que t’as parfois envie de t’essayer à autre chose ! Pour le coup il y a vraiment quelque chose de profondément artistique dans le fait de se remettre en question continuellement et d’expérimenter. Toujours se remettre en question, c’est sans doute ça la clé. Je ne l’ai pas toujours fait j’avoue, mais j’essaye toujours d’être curieux. Parfois en guitare j’ai envie de bosser de la salsa, des styles que je n’aurais jamais avant voulu essayer. Noé, lui, il n’y a pas longtemps a pris des cours de basse créole ! Que ça soit le temps d’une capsule temporelle ou sur le long terme, tu peux avoir envie d’aller voir ailleurs, et c’est clairement quelque chose qu’il faut s’encourager à oser. C’est toujours bien de ratisser large et de voir grand dans nos tentatives d’expérimentation.


© Pauline Mugnier


Pour en revenir un peu aux influences, tu saurais définir les artistes qui vous ont inspiré lors de la composition de vos albums ? Et est-ce qu’elles ont changé au fil du temps ?


Pour le premier album, le tronc commun était Coldplay. Alex le chanteur a toujours adoré, ça se sent beaucoup au niveau de la voix, c’est vraiment sa culture et il l’a toujours nourri avec le temps. Pour le troisième album Sia est pas mal rentrée en ligne de mire aussi, elle a des compositions à la voix qui ont eu pas mal d'influences, un peu à la Radiohead. Radiohead aussi fait d’ailleurs partie des dernières influences, et Tamino avec ses harmonies… Sur All the Colours (second album) c’était un peu différent parce qu’on cherchait à frapper fort, avec des gros tubes radio à la Imagine Dragons, ultra calibrés, et c’est ce qui a fait peut-être qu’il avait un petit côté « catalogue ». Avec le recul, c’est une façon de faire qui me plait un peu moins, mais on était dans ce mood-là à l’époque.


Et vous pensez aller piocher dans d’autres références à l’avenir ? 


Oui sans aucun doute ! L’idée pour un prochain album c’est de composer quelque chose de plus calme, peut-être plus homogène, un peu plus posé, à la Lana Del Rey. L’objectif serait de créer quelque chose de « vrai », dans une période archi délimitée et dans un seul et même endroit, pour qu’il reflète une ambiance super caractéristique. Souvent les grandes chansons qui ont émergé d’un peu nulle part sont celles auxquelles on ne s'attendait pas, celles qui n’étaient pas écrites pour percer. L’exemple ultime de ce genre de chanson, c'est Bohemian Rhapsody ! Totalement hors format, suicide commercial… Et pourtant elle est devenue l’une des chansons les plus iconiques de tous les temps. Le but j’ai l’impression c’est d’être sincère avec soi-même le plus possible. 


Il semble de notoriété publique que les groupes et musiciens se départagent selon deux catégories, les spécialistes du live et les accros du studio. Tu penses que Colours penche de quel côté de la balance, et que préfères-tu personnellement ?


Le live pour les deux réponses. Le studio on adore ça en plus, on adore bricoler. Le studio c’est là où tu réalises que la musique c’est de l’art plastique, mais là où on s’éclate le plus c’est le live. J’ai l’impression que c’est le lot de la majorité des artistes. C’est en live qu’on s’exprime le plus et de la meilleure des manières. C’est cool de faire de la musique, mais la musique tu la crées aussi pour pouvoir la faire écouter ! Et quelque part sur CD c’est bien, mais c’est pas la même chose que sur scène. En plus on a jamais été vraiment doués pour retranscrire l’énergie du live sur CD. C’est toujours plus organique pendant les concerts, et il n’y a rien de plus jouissif. 


Il est rare de voir en France un projet musical exister en tant que groupe, et non pas en tant qu’artiste unique. Comment ça s’explique selon toi ?


Déjà pour un groupe tout est plus cher ! Tu veux faire tourner un groupe, il y a plusieurs gars à payer, et pas un seul. L’image aussi est plus dure à travailler, parce qu’une photo d’une personne c’est toujours plus facile à prendre qu’une photo de groupe. L’identité est plus éparse. Et il y a peut-être aussi un truc de mode ? Et c’est moins viable les groupes, il peut toujours y avoir un problème entre deux personnes, mais je pense que c’est surtout économique. Je trouve que ça s’illustre pas mal avec l’exemple des premières parties, tu vois souvent bien plus un mec seul avec sa guitare qu’un groupe de six gars. Parce que c’est moins cher. Et tout ça est lié en plus avec le fait que tout un chacun peut commencer à faire de la musique en solo dans leur piaule, avec leur ordi, donc ça favorise pas vraiment la naissance de collaborations sur le long terme. Et c’est dommage, parce qu’on est dans un monde avec moins de partage ! Un groupe qui fonctionne c’est un groupe où tout le monde s’exprime, donc forcément c’est une addition de talents multiples. 


Vous avez sorti le 6 Novembre dernier un nouveau single, « Afterlife », et vous avez joué un tout nouveau titre, « Broken », à La Cigale. Tu en parlais un peu plus tôt, mais est-ce que cela signifie que l’on doit s’attendre à un nouvel album d’ici peu ?


On a au moins le souhait de faire un album. On sait pas trop si ça va être pour tout de suite, peut-être que pour l’instant on va continuer à sortir des singles un peu comme ça, peut-être que ça aboutira sur un petit EP assemblant les derniers morceaux, mais on a pas encore vraiment de plan précis pour la suite. Ce qui est sûr, c’est qu’on va bien se trouver un petit moment pour faire un album. L’idéal c’est qu’on enregistre quelque chose dans les six/huit mois à venir pour sortir possiblement un album à l’automne prochain, un petit album un peu cosy comme on disait un peu plus tôt, qui pourrait accompagner l’hiver prochain, mais on verra. Vu qu’on est encore en tournée on a pas trop la tête à ça, et même si on trouve toujours le temps de composer, c’est difficile d’anticiper un vrai moment pour concrétiser nos idées. 


Et qu’est-ce qu’elle a de si singulière cette tournée-là alors ? 


Elle a de singulière déjà qu’on y a fait La Cigale ! Et aussi qu’on réalise un peu à quel point le groupe ne cesse de grandir, j’ai l’impression que c’est la tournée où on a été le plus attendus. C’est bizarre à dire, mais quand tu t’engages dans des responsabilités comme ça, quand tu commences à remplir des salles un peu partout en France, t’as un peu le devoir de ne pas décevoir les gens. Tu te dois d’être à la hauteur. T’as envie que les gens voient à quel point t’as bossé. On s’est enfermés pendant longtemps pour la préparer cette tournée, on a bossé comme des fous, et le public a répondu à l’appel ! On peut difficilement imaginer mieux. Se rendre compte qu’on commence à remplir des salles partout en France ça change pas mal la donne. Avant on était très localisés sur Paris et dans la région de laquelle on vient, l’Aquitaine, et maintenant ça répond un peu partout. On sent qu’on récolte le fruit de notre travail, et il n’y a sans doute rien de mieux comme sentiment ! 


Il y a enfin une question que j’aime beaucoup poser aux musiciens et aux compositeurs. Pourquoi est-ce que tu fais de la musique ? 


Parce que ça me fait du bien. C’est thérapeutique. J’ai besoin de vivre ça avec mes potes, j’ai besoin de faire des concerts. Des fois, tu peux perdre de vue ce besoin, tu peux avoir la flemme d’y aller, mais rien n’est semblable à ce boost d’adrénaline que tu ressens une fois sur scène. C’est une nécessité. J’aime ça, et je pense que c’est la seule bonne réponse à cette question. Quand j’étais ado, c’était un exutoire que de faire de la musique. Et j’ai jamais réfléchi à la question non plus de pourquoi j’arrêterais. Le sens repose peut-être justement dans le fait de ne m’être jamais posé la question d’un jour arrêter. Ça me tient vivant. 


Colours in the Street est à retrouver en concert pour les deux dernières dates de leur tournée : 


© Pauline Mugnier

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